Dossier : Qu'est-ce qu'un bon entraineur ? Partie 1

A quoi reconnait-on un bon entraîneur en cyclisme ? Cette question, nous nous la posons à BRAQUET LIBRE. Bien sûr, il est impossible d’y apporter une réponse définitive. Néanmoins, le débat permet d’échanger et d’approfondir le point de vue particulier de chacun de nos coachs. Dans chaque article de ce dossier, un entraîneur BRAQUET LIBRE nous présentera sa vision de l’entraînement et nous partagera les réflexions qui l’animent au quotidien dans son métier. Aujourd’hui, c’est au tour de Christophe GOUYON de tenter de répondre à cette question : « qu’est-ce qu’un bon coach ? ».


Quand on cherche un entraîneur, une multitude de questions se posent :

Est-ce un bon entraineur ? Sur quelles compétences se repose-t-il ? Est-ce que je vais mieux performer avec lui et en ai-je vraiment besoin ? Qu’est-ce qu’il va m’apporter ? Qu’est-ce qu’il va faire ? Pourquoi est-il si cher ?

Tâchons donc d’essayer de répondre à ces questions, même si parfois, il n’y a pas de réponses tranchées.

Est-ce un bon entraîneur ?

Cette notion de bon ou mauvais est, selon moi, subjective car elle repose sur une relation humaine entre l’entraineur et l’entrainé.

Si je devais comparer cette relation, je dirais qu’elle est proche d’une relation amoureuse. Il faut que les deux individus aient envie de travailler ensemble et qu’ensemble ils aient envie de partager les réussites et les échecs, pour le meilleur et pour le pire.

Comme toute relation humaine, celle-ci repose essentiellement sur des affinités.

Pour reprendre les propos d’un confrère, que je partage, il y a deux profils de coureurs : les coureurs d’instinct et les coureurs rationnels.

Les coureurs rationnels recherchent un entraîneur apportant un entrainement ultra-cadré, avec des exercices « au watt près », des analyses d’entrainement poussées avec un maximum de données chiffrées. Ces coureurs ont bien souvent besoin de comprendre l’intérêt d’un exercice afin de le réaliser selon les consignes exactes de l’entraîneur. C’est ce cadre qui les rassure et les met en confiance.

A contrario, les coureurs d’instinct demandent plus de libertés, moins de contraintes dans leur pratique, et bien souvent plus de jeux. L’important pour eux est de s’entrainer sans s’en rendre compte. Leurs performances dépendent essentiellement du niveau de lâcher-prise et du bien-être mental qu’ils ont réussi à atteindre.

Sur le même principe, je pense qu’il existe également différents profils d’entraineurs plus ou moins instinctifs ou rationnels. Mon rapport à l’entrainement me ferait dire que je suis un entraineur instinctif. J’y apporterai une nuance, car je pense qu’un BON entraîneur est sûrement celui capable, à un certain niveau, de faire basculer le coureur instinctif sur des entrainements rationnels, ou inversement, sur des périodes privilégiées afin de permettre au coureur de mieux performer.

Le challenge dans cette collaboration, entre l’entraineur et l’entrainé, est de trouver le duo parfait. Et ça, on ne le sait jamais à l’avance.

Sur quelles compétences se repose l’entraineur ?

Il y a une multitude de possibilités pour devenir entraineur, notamment trois :

· Ancien coureur ou passionné d’entraînement, on peut devenir entraineur avec ses croyances, ses expériences personnelles et ses recherches. Sans reconnaissance légale, ce type de cursus ne permet pas d’être rémunéré légalement, au contraire des 2 prochains cursus

· Le cursus universitaire, qui permet une formation généraliste via la filiale STAPS. Ce cursus permet d’avoir accès à des articles scientifiques, des centres de recherches, des professeurs experts dans leurs spécialités et à de nombreuses spécialisations (éducation, motricité, entrainement...)

· Le cursus Diplôme d’État, qui permet de suivre une formation spécifique propre à un sport. Plus court que le cursus Staps, du fait de la spécialisation, ce cursus permet de rencontrer des experts de son sport.

En ce qui me concerne, j’ai privilégié le cursus Diplôme d’État à l’âge de 18ans. J’ai fait ce choix car la formation est plus courte et repose essentiellement sur l’expérience du terrain. Je me suis dit à cette époque : « Qui pourrait prétendre avoir 17ans d’expérience à l’âge de 35ans ? »

Dans tous les cas, être entraineur vient essentiellement d’une démarche personnelle qui sera complétée par un cursus de formation continue mais aussi, et principalement, par l’expérience du terrain.

On ne peut prétendre devenir entraineur du jour au lendemain. Cela demande une remise en question constante pour toujours apporter un meilleur accompagnement aux athlètes.

Le coureur va-t-il mieux performer ?

En tant qu’entraineur, la réponse est immédiate : oui !

Mais attention, il faut bien avoir conscience que les résultats ne sont pas forcément immédiats. C’est sur ce point qu’il est important d’insister, car bien souvent, le coureur souhaiterait ressentir les bienfaits de la collaboration au bout de quelques semaines, alors que parfois, il faut plusieurs mois...

Chaque individu étant particulier, cela demande à l’entraineur de trouver la bonne formule pour permettre à un individu de performer.

Même si l’entraîneur connait les différents leviers d’actions pour aider un coureur à se développer, cela prendra plus ou moins de temps de trouver les bons dosages.

Certains coureurs demandent plus ou moins de récupération, de charges d’entrainement ou de sommeil, par exemple.

Je suis convaincu qu’il faudra au couple entraineur/entrainé beaucoup d’échanges afin d’affiner au mieux les dosages de l’entrainement.

Que va apporter un entraineur ? le coureur en a-t-il vraiment besoin ?

La réponse est complexe. Je pense que le BON entraîneur va apporter ce dont le coureur a besoin et pas uniquement un plan d’entrainement type comme le font certains.

Pour cela, le BON entraineur a une multitude de casquettes qu’il va porter plus ou moins longtemps selon les individus. Si on devait faire une liste non-exhaustive, on retrouverait les rôles suivants :

- le secrétaire : l’entraîneur va organiser l’entrainement en fonction des disponibilités, des contraintes et des objectifs du coureur

- Le psychologue, le confident : l’entraineur va écouter le coureur et l’aider à lever des blocages, à relativiser, ...

- Le policier : l’entraineur combattra la nonchalance à l’entraînement, les écarts sur l’hygiène de vie…

- L’analyste : l’entraineur va analyser les entrainements, les données, les courses

- Le professeur : l’entraineur va décortiquer chaque situation de courses afin d’améliorer les compétences technico-tactiques du coureur

Au travers ce listing non-exhaustif, on se rend bien compte que la mission de l’entraineur est bien plus complexe qu’on ne pourrait le croire. Grâce à cela, l’entraineur apportera forcément un « petit plus » au coureur.

Ce « petit plus », certains coureurs pensent pouvoir l’obtenir seul. Je n’en suis pas convaincu.

Travailler seul demande une grande connaissance de soi et nécessite d’être capable de s’écouter tout en prenant le recul nécessaire.

Le coureur s’entrainant seul se trouve souvent des excuses préjudiciables pour la performance.

L’entraineur, lui, veillera à toujours prendre le recul nécessaire pour aider le coureur à performer.

Qu’importe l’âge et l’expérience du coureur, l’entraineur va avoir un regard extérieur, permettre des remises en question et l’orienter vers de nouveaux axes de travail.

Qu’est-ce qu’il va faire ?

On a déjà bien abordé le sujet tout au long de l’article, mais nous pouvons être encore plus précis.

Au début de chaque collaboration, l’entraineur s’efforcera d’apprendre à connaitre le coureur. Pour cela, il fera un point téléphonique, rencontrera le coureur, ira rouler avec lui…

Tout autant de choses qui permettront à l’entraineur de cerner les premiers besoins, les attentes et les lacunes du coureur.

Ensemble, l’entraineur et le coureur définiront des objectifs ambitieux mais rationnels, qui permettront à l’entraineur d’établir un calendrier prévisionnel et d’agencer différents blocs de travails spécifiques.

Grâce à cela, l’entraineur pourra programmer des séances sur plusieurs semaines, afin de permettre au coureur de s’organiser et d’avoir une vision à court terme de l’entrainement.

Au quotidien, le travail de l’entraineur consiste à prendre les informations transmises par le coureur, d’échanger avec lui sur son ressenti et d’ajuster les séances au besoin.

Ce qui va rythmer la relation entre l’entraineur et le coureur, c’est la communication. SMS, appel téléphonique, partie de manivelle, repas au restaurant… sont autant de moyens qui faciliteront la communication et la mise en place d’un suivi de qualité.

Pourquoi l’entraineur est-il « si cher » ?

C’est LA question qui met mal à l’aise chaque entraineur. Et pour cause, il exerce un métier passion. S’il le pouvait, l’entraineur ne ferait pas payer, mais il s’agit bien de son métier, qui lui permet de payer ses factures.

Établir un tarif relève bien souvent du casse-tête pour l’entraineur.

Chez Braquet Libre, nous avons opté pour un tarif de base de 100€ par mois. Nous vous laissons le soin de faire le calcul du taux horaire que l’entraineur perçoit après le passage des diverses taxes et cotisations.

Nous pouvons, cependant, vous aiguiller car l’entraineur durant un mois va avoir à :

- Répondre au SMS

- Échanger au téléphone avec le coureur

- Être présent lors d’entrainements

- Établir le planning annuel, trimestriel et mensuel du coureur

- Ajuster l’entrainement hebdomadairement et quotidiennement

- Analyser les entrainements du coureur et lui faire des retours

- Analyser les compétitions et dégager les points positifs ainsi que les axes de progression

- …

Être entraineur, c’est être un spécialiste de l’entrainement qui accepte une mission humaine complète et complexe.

Le mot de la fin

Pour conclure, pour moi, le BON entraineur n’existe pas. Enfin, si, il existe à la condition qu’il forme avec le coureur un « couple parfait ». Un couple qui reposera sur 7 piliers (4CARP) :

- Communication

- Confiance

- Complicité

- Créativité

- Ambition commune

- Respect

- Partage

Et vous avez de la chance, je ne suis pas un entraineur monogame et j’adore faire de nouvelles rencontres. Serez-vous le(la) prochain(e) ? Un seul moyen pour le savoir, discutons.

Parce que le coureur n'est pas que des chiffres, parce que l'esprit doit être libéré pour performer et parce que le coureur ne doit jamais se sentir seul, j’ai choisi ce beau métier d’entraineur.

En effet, il faut prendre du plaisir pour que naisse la victoire et non attendre la victoire pour avoir du plaisir.

Je terminerais cet article par la citation d’Arthur Ashe : « Une des clefs du succès, c’est la confiance en soi. Une des clés de la confiance en soi, c’est la préparation. »

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