La femme cycliste : cycle menstruel, entrainement et performance.


Crédit photo : Sébastien Gallwa

Auteurs :

- Dr MARAFFI Samuel, Médecin du sport, équipe cycliste B&B Hotels

- Barbara FONSECA, Professeure d'EPS, cycliste équipe Saint-Michel-Auber93

- Audrey CORDON RAGOT, cycliste professionnelle équipe Trek-Segafredo

- Votre serviteur « Braquet Libre » : BL

Introduction

Depuis la fin des années 2000, le nombre de femmes licenciées en club sportif est en constante augmentation. L’équitation, la natation, la gymnastique, la danse et le patinage tiennent la part belle du pourcentage de femme. Le cyclisme est aussi une discipline qui compte de plus en plus d’adeptes féminines.


Comment coachez-vous vos athlètes féminines ? Plus précisément :

- Quelles adaptations faites-vous ?

- Prenez-vous en compte le cycle et ses différentes phases ?

- Pensez-vous qu’on ne peut pas s’entrainer pendant les règles ?

- Pensez-vous que la performance et la récupération varient en fonction du cycle ?

- A quel moment est-il plus judicieux de travailler la filière aérobie ? les intensités ?

- Pourquoi mon athlète est-elle fatiguée ?

- Comment s’entraîner en cas de douleurs menstruelles ou en période de règles ?


Si vous manquez de réponses à ces questions, alors cet article est fait pour vous !


Sujet parfois tabou, souvent oublié, ou pire encore, « méprisé » : la physiologie sportive féminine, et la cycliste méritent amplement de prendre le temps de s’y intéresser. Et ça fera le plus grand bien au monde cycliste sportif, qui possède un mode de fonctionnement encore très masculin.


Évoquer cette thématique nous a tout de suite entrouvert pleins de sujets : grossesse, post-partum, pathologies du périnée, contraception, cycles et sport, entrainement, …

Et c’est finalement ces dernières notions que l’on va décortiquer. Un travail passionnant, et un défi : vulgariser les dernières connaissances dans ce domaine et proposer une approche de terrain, concrète, utile à toutes et à tous.


Braquet libre vous propose un échange scientifique, médical et de terrain, entre d’un côté notre médecin du sport, Dr MARAFFI Samuel, et de l’autre nos athlètes Barbara FONSECA et Audrey CORDON RAGOT.


Allez, c’est parti… euh, pardon, le sujet ? « Entrainement, Performance et physiologie féminine »

Le cycle menstruel, ovarien, utérin. Késako ?

BL : La parole est au doc :


Dr MARAFFI Samuel : « Pour faire simple : de nombreux cycles biologiques rythment l’organisme. On connait le classique rythme circadien : l’alternance sommeil éveil, influencé en partie par l’alternance jour-nuit. Il en existe plein d’autres, et le sujet du jour porte notre attention au cycle utérin et ovarien féminin. Il faut savoir que ces cycles sont sous l’influence d’hormones produites dans le cerveau et les organes périphériques que sont les ovaires.


Pour illustration, mais aussi pour ces messieurs : voici 2 figures qui vous montreront l’extrême complexité de ces cycles, et de leur régulation. Par soucis de compréhension et de vulgarisation, nous n’entrerons pas dans les détails


Sur le plan sémantique : le cycle utérin correspond à l’ensemble des variations anatomiques et histologiques (des tissus) de l’utérus, et en particulier de l’endomètre (paroi interne de l’utérus). Le cycle ovarien correspond lui aux variations hormonales, qui tiennent à un équilibre entre certaines zones du cerveau (hypothalamus et hypophyse) et les gonades (ovaires). (Figure 3)

Ces deux cycles sont liés, et on regroupera volontiers l’ensemble des phénomènes sous le nom de cycle menstruel pour simplifier le discours dans cet article.


BL : On parle de plusieurs phases dans ce cycle, qu’en est-il ?


Dr MARAFFI Samuel : « Oui, c’est juste. Mettons de côté toutes les variations normales, ou pathologiques de ce cycle, et toutes les perturbations induites par la contraception. Si on prend un cycle classique, il dure environ 28 jours, et se compose de 2 phases (relatives au cycle ovarien) : (Figure 1)

- la première : la phase folliculaire : elle démarre le premier jour des règles (autrement appelées les menstruations), et dure jusqu’à l’ovulation, aux environs du 14ième jour. Cette phase est caractérisée par la prédominance et augmentation progressive des taux d’œstrogènes et la maturation d’un follicule dans l’ovaire, qui contient un ovocyte, libéré dans l’utérus lors de l’ovulation.

- la seconde, qui suit cette ovulation : la phase lutéale. Qui s’étend jusqu’au retour des règles qui signent l’entrée dans le cycle suivant. Durant cette phase c’est plutôt la progestérone qui va être produite. Un des rôles est de favoriser la nidation et l’éventuelle grossesse.


Il existe des variations fréquentes de ces cycles : cycles longs, courts, variables, … voire absence de cycle (aménorrhée). »

Les règles, au centre de tous les tabous.

BL : « Donc les règles, elles arrivent au début du cycle ? »


Dr MARAFFI Samuel : « oui, exactement. Elles durent entre 3 à 6 jours, et les pertes sont très variables (entre 20 et 100mL voire beaucoup plus). C’est d’ailleurs une période particulière, qui nécessite de comprendre toutes les potentielles modifications physiologiques à ce moment pour adapter l’entrainement, et la récupération. On va y revenir dans le chapitre suivant.


Sportivement, avec l’esprit de compétition, cette période souvent cachée et vécue comme «sale» ou encore «honteuse». Ça touche à l’intimité, et ça peut être embarrassant. Souvent le regard masculin sur le sujet, qui peut être perçu et exprimé comme moqueur, n’est qu’un simple reflet du manque de connaissances de la physiologie féminine des staffs et encadrement masculins. Les règles sont encore fréquemment perçues comme une source de faiblesse, et donc synonyme de défaite ou contre-performance »


FONSECA Barbara : « La période menstruelle est souvent taboue dans le sport, et peut-être encore plus particulièrement dans les sports d’extérieur à dominante masculine tel que le cyclisme. En effet, il peut être compliqué d’en parler, notamment pour une jeune femme, lorsque l’encadrement est exclusivement – ou presque - masculin.

Et pourtant, la période des règles peut s’avérer être un vrai casse-tête pour l’athlète, ne serait- ce qu’en terme d’organisation. Quand se changer ? Comment rester discrète ? Comment faire lorsqu’il n’y pas de toilettes sur le lieu de la compétition ? Autant de questions dans la tête de l’athlète qui peuvent complètement lui occulter l’enjeu de la compétition, et l’empêcher de se concentrer sur son objectif.


Pire encore, le sujet est tellement tabou qu’il m’est moi même arrivé, plus jeune, de garder une protection hygiénique plus de temps que les recommandations, dans le but de ne rien dire ou montrer, parce que le staff était masculin, parce que je trouvais le sujet dérangeant, et même un peu honteux.


Pourtant, si le sujet peut déranger, il est aussi important que fréquent dans la vie d’une athlète, et nécessite d’être dédramatiser, notamment avec les plus jeunes.


CORDON RAGOT Audrey : Personnellement, j’ai commencé le cyclisme à 10ans sans me poser de questions au début puisque non-concernée par cette histoire de « règles ».

En grandissant j’ai dû faire face à ce grand changement, voir mon corps changé et m’adapter à un sport où le sujet ne revient jamais sur la table lorsque l’on parle d’entrainement ou de compétition.

Alors on apprend sur le tas… J’ai la chance de ne pas souffrir physiquement et de très bien supporter ces 3 ou 4 premier jours de cycles mais il est clair que c’est tout une organisation et qu’il faut prendre cette « période » en considération pour en tirer profit !


BL : « C’est donc un plaisir de vous réunir pour ce vaste sujet. Vous parlez de performance, qu’en est-il durant le cycle ? »

Variation de performance en fonction du cycle ?

Dr MARAFFI Samuel : « C’est comme tout, il y a la théorie, la science, et la pratique. Pour ce dernier point je laisserai la parole à nos athlètes. Pour ce qui est de la science, il est difficile d’avoir une réponse unanime et précise. Quelques études ne montrent aucune influence du cycle sur la performance (4)(5).

En première partie de cycle, le Dr Maître Carole, gynécologue à l’INSEP, évoque le fait que les œstrogènes permettent un meilleur restockage du glycogène intra musculaire après un effort, en déduisant que la récupération est majorée pendant la première phase du cycle. La tolérance aux charges externes, et donc la charge interne peut être plus importante.

Pendant cette première phase du cycle, le taux de testostérone est aussi plus important, induisant une meilleure tolérance à la fatigue et à la douleur.

Wikström-Frisen décrit que l’organisme est plus enclin à utiliser les glucides et à mobiliser les réserves de glycogène, le tout pouvant être intéressant pour proposer un travail d’explosivité et de développement musculaire. (9)(10)(11)


FONSECA Barbara : « Personnellement, je ne me sens pas forcément beaucoup plus forte en début de cycle, ni vraiment moins forte en fin de cycle, sur un exercice similaire. Je vais d’ailleurs être capable de reproduire à peu de choses près les mêmes données et les mêmes temps de soutien.


Dr MARAFFI Samuel : « Voilà l’exception qui confirme la règle ! (rires)


CORDON RAGOT Audrey : En ce qui me concerne, les premiers jours de mon cycle sont de très bonnes journées ! Comme on dit dans le jargon cycliste « j’ai la grosse force ! ». Je me sens plus endurante et je tolère beaucoup mieux les exercices lactiques, je vais plus loin dans la douleur. Seul hic, mon humeur… Je suis plus irritable, je prends les choses beaucoup plus à cœur et je peux pleurer plus facilement. Une fois qu’on en est consciente alors c’est plus simple à gérer, on relativise.


FONSECA Barbara : « Par contre, ma capacité à récupérer, elle, fluctue selon les phases du cycle. Les 15 premiers jours, mon corps encaisse plutôt bien l’enchaînement de séances intensives. Durant la troisième semaine, c’est souvent plus aléatoire, parfois ça passe, mais il m’arrive régulièrement de ne pas me sentir capable de « tout » faire. Dans ce cas-là, j’opte souvent pour faire la séance sur home-trainer. Cela me permet de reproduire les intensités souhaitées, tout en réduisant le temps d’effort et par conséquent la charge d’entrainement. Favoriser des entrainements plus courts, dans un moment où je ne me sens pas très en forme me permet de retrouver un peu plus de fraîcheur pour les entrainements suivants.


CORDON RAGOT Audrey : Il est vrai que la troisième semaine j’ai parfois l’impression que mon corps n’est pas complètement « focus » sur l’effort et la récupération, comme s’il avait quelque chose d’autre à gérer. A ce moment-là il est important de s’écouter et d’adapter en fonction de sa fatigue mais aussi de lui apporter un supplément en vitamines et mettre l’accent sur le sommeil qui est pour moi la clé.


Dr MARAFFI Samuel : « Pendant la période d’ovulation, on observe une concentration élevée en œstrogènes pouvant pour certains auteurs, induire une augmentation de la laxité ligamentaire et donc le risque de blessure. Cela concernera préférentiellement les sports pivots-contacts et moins le cyclisme. »


FONSECA Barbara « Enfin, pendant la dernière semaine, je ne suis tout simplement pas capable d’enchainer les intensités. Je peux néanmoins faire deux à trois entraînements intensifs et qualitatifs, mais pour cela, je ne dois pas les enchainer. Ce type d’entrainement, qui en début de cycle me dynamise, me vide rapidement de toute mon énergie sur cette période de fin de cycle. D’ailleurs, cette semaine est souvent synonyme de « fringale » pour moi, un peu comme si mon corps utilisait déjà la quasi-totalité de ses ressources pour ne serait-ce que fonctionner. La solution pour laquelle j’opte le plus souvent est de mettre davantage de jours de repos, de privilégier les sorties plus longues et moins intenses, et de ne jamais sortir sans quelques barres ! »


Dr MARAFFI Samuel : « la deuxième partie de cycle est caractérisée par une augmentation de la température corporelle (qui est souvent utilisée comment témoin d’ovulation). La sensibilité à l’insuline est modifiée, le métabolisme glucidique à l’effort sera moins optimal qu’en première partie de cycle.


BL : « et en période de règles justement ? Les règles importent-elles la performance sportive »


Dr MARAFFI Samuel : « Plusieurs phénomènes interviennent : premièrement les dysménorrhées, autrement dit les douleurs importantes de règles qui peuvent clairement nuire à la performance. Ensuite on observe fréquemment un syndrome prémenstruel (ensembles de symptômes présents les jours précédents les règles) qui, par les mêmes conséquences peut diminuer la performance.

A noter : l’impact psychologique des règles est notable et important. Dans son mémoire (8), Robin Pottier a montré que 67,4% des femmes ressentent une gêne induite par les règles et 78,5% une appréhension. On conçoit aisément que cela puisse avoir un impact sur la performance. Ainsi, dans ce travail, 53% des femmes déclarent avoir peur que leurs règles les limite dans leur activité. (que ce soit par prise pondérale, fatigue, douleur, sensation des jambes lourdes, …)

L’autre aspect est plutôt chronique : on sait que les menstruations sont une source de spoliation sanguine régulière induisant une déperdition en Fer, pouvant conduire jusqu’à l’anémie. Ce qu’il faut comprendre, c’est que le métabolisme du Fer chez une sportive est différent par rapport à une personne sédentaire. Pour de multiples raisons une sportive peut être carencée en fer, de par sa pratique sportive (hypermétabolisme, troubles digestifs et défaut d’absorption, hémolyse chronique intramusculaire, consommation de chélateurs du fer comme le café ou le thé, carence d’apport alimentaire, inflammation de bas grade induisant une hyperhepcidinémie diminuant l’absorption digestive de fer, saignements digestifs, …). Et à toutes ces situations s’ajoutent potentiellement les règles. Il est donc aisé de comprendre qu’une cycliste, surtout si elle pratique son sport de manière intensive et régulière risque d’être carencée. Cette carence induit une fatigue, une sensation d’altération des performances, une augmentation du risque infection, une fragilité des ongles et des cheveux, une coloration bleutée du blanc des yeux, … et peut conduire, en cas de chronicisation à une anémie (défaut de production des globules rouges).


CORDON RAGOT Audrey : Les jambes, le ventre gonflés, les sauts d’humeurs sont les symptômes qui me sont propres et je pense être finalement assez « chanceuse ». Mais je sais que certaines femmes souffrent vraiment et il est important d’être dans l’acceptation de ce que notre corps ressent et retranscrit pour mieux y faire face et le comprendre. Ça n’est pas une fatalité, il faut juste trouver les bonnes solutions !


BL : « Du coup, quels conseils peut-on donner en termes d’entrainement et de compétition en fonction du cycle ? »

Conseils pratiques pour l’entrainement en fonction du cycle ?

Dr MARAFFI Samuel : « La première chose, qui est primordiale, est que l’entraineur et l’athlète communiquent, et parlent de ce sujet. L’entrainement, la récupération… la planification et périodisation doivent prendre en compte la femme athlète et son cycle. Il faut comprendre que l’entraînement d’une cycliste ne consiste pas simplement à calquer un entrainement masculin.


Ensuite, il faut l’adapter au terrain. Ces données scientifiques donnent des tendances et des généralités. Je pense que l’art de l’entrainement, c’est d’en tenir compte, et de l’adapter à chaque situation. Il serait prétentieux, et surement imprécis, de donner une recette du type « comment s’entrainer en première partie de cycle, en seconde partie … ». Personnalisation, écoute, échange, adaptation, et suivi médical seront des éléments bien plus importants.


Sur le plan médical, même si ce n’est pas le sujet, on interviendra sur la période prémenstruelle et menstruelle et les symptômes douloureux qui peuvent en découdre. On accordera aussi beaucoup d’importance au métabolisme du fer et à l’équilibre nutritionnel au quotidien (équilibre énergétique et lipidique de qualité). On n’oubliera pas le suivi gynécologique usuel (frottis, …), et l’ensemble de l’évaluation médicale définira l’intérêt ou non de l’utilisation d'un traitement, d’une contraception, etc. »


FONSECA Barbara : « Personnellement, voici mes « conseils pratiques » que je peux donner à une jeune cycliste lorsqu’elle a ses règles :

- Évitez la serviette hygiénique collée sur le cuissard, qui, avec les mouvements et frottements risque d’entrainer des lésions. Préférez les tampons ou la « cup » (coupe menstruelle).

- Privilégiez les entraînements, lorsqu’ils sont longs, seules ou entre filles. Cela rend plus facile, en cas de besoin, de trouver un endroit pour se changer, qu’au milieu d’un groupe de garçon.

- Se changer juste avant de partir, et en cas de sortie longue, prendre avec soit de quoi se changer. Pour des raisons pratiques et hygiéniques, privilégiez les tampons avec applicateurs, et pensez à prendre des lingettes. Il existe des lingettes intimes en sachet individuel vendues en grande surface, qui trouveront leur place dans votre poche de maillot.

- Sur les compétitions, ne pas hésiter à demander s’il y a des toilettes, et dans tous les cas, prendre le temps de se changer avant le départ. Cela peut parfois vous sembler compliqué, notamment s’il n’y a pas de toilettes, avec en prime un départ en milieu urbain. Mais, croyez-moi, prendre le départ avec l’angoisse que votre protection ne retienne pas l’ensemble de votre flux ne vous mettra pas dans de bonnes conditions.

- En cas de douleurs au niveau du bas ventre appliquez des huiles essentielles avant de partir rouler. A titre personnel, j’utilise les suivantes : basilic, clou de girofle et menthe poivrée.

- Les flux étant différents au fil des jours de règles, n’hésitez pas à noter vos symptômes et l’abondance – ou non – de votre flux. Ainsi, après quelques cycles vous verrez les similitudes et pourrez mieux anticiper. L’application Garmin Connect permet de noter à la fois vos jours de règles, vos symptômes, votre flux, votre humeur etc. Puisque vous l’ouvrez tous les jours ou presque, je vous conseille de vous pencher sur la fonctionnalité, qui plus est, peut servir à votre entraîneur à adapter votre planification.

- N’hésitez pas à demander conseils aux filles plus expérimentées de votre équipe, elles sauront vous aider, et vous faciliter les choses.


CORDON RAGOT Audrey : Barbara a bien détaillé les petits « tips » qui peuvent servir. Pour ma part ma vie a changé grâce à la « cup » ! Plus de soucis de timing pour les sorties ou compétitions longues, la cup se garde jusqu’à 6h, sans gênes (cela peut arriver avec un tampon mal positionné), moins de risques de choc anaphylactique (choc toxique) qui peut arriver en portant un tampon et en plus c’est écolo !

Pensez à vous créer une petite trousse de secours que vous avez toujours dans vos affaires : spasfon, lingettes et protections de rechange. Il vaut mieux prévenir que guérir…


BL : « et l’entrainement en dehors des règles ? »


Dr MARAFFI Samuel : « Si on s’en tient à a théorie, on conseillera de placer les grosses charges d’entrainement plutôt en début de cycle, après la fin des règles, car c’est la période propice pour mieux récupérer. Le travail de renforcement musculaire y trouve aussi sa place.

On adaptera ensuite les charges dans la seconde partie en fonction de l’athlète et de sa capacité à les encaisser. On tiendra aussi compte, dans les derniers jours du cycle, du syndrome prémenstruel avec de potentielles douleurs et des modifications psycho-comportementales. Tout ceci est très individuel et il est donc nécessaire de personnaliser l’entrainement. Chaque sportive est différente, mais chaque cycle chez une même sportive peut être différent »

« En cas de fatigue anormale, de douleurs importantes, d’anomalies du cycle, prendre un avis médical est conseillé ».

Conséquences du sport sur le cycle ?

BL : « Et si on prenait le problème dans l’autre sens. On vient de voir en quoi le cycle peut influencer la performance sportive. Mais est-ce que la pratique sportive peut influencer le cycle ? »


Dr MARAFFI Samuel : « C’est encore une histoire d’équilibre et de dosage, comme pour beaucoup de modifications physiologiques induites par l’activité physique.

Il a été démontré que la pratique d’une activité physique modérée et régulière peut limiter l’intensité du syndrome prémenstruel, et la douleur pendant les règles.

Par contre, cette même activité physique intensive et régulière, associée à des contraintes de performances et de régulation pondérale est source de troubles du cycle menstruel (2)(3). Cela peut entrainer une absence d’ovulation (anovulation) et des modifications hormonales, surtout en seconde partie de cycle (insuffisance lutéale). Certains auteurs remarquent aussi une augmentation de la testostérone chez les sportives intensives comparativement aux sportives récréatives, pouvant contribuer aux perturbations du cycle (7). Reste à savoir, pour cette dernière remarque, si l’activité physique en elle-même provoque cette augmentation de testostérone, ou si ces athlètes ont une particularité génétique qui leur fait produire plus de testostérone, induisant une prédisposition à être athlète de plus haut niveau. En somme, quelle est la poule, quel est l’œuf ?

Bref, en pratique, cela peut aller de cycle irréguliers (anisomenorhée), au rallongement des cycles (spanioménorrhée), ou encore à la disparition des règles (aménorrhée secondaire). Tout ceci peut s’intégrer dans la triade de la femme sportive, associant des troubles de la densité osseuse (ostéoporose) et des troubles alimentaires (principalement déficit d’apport énergétique, mais aussi qualitatif). Cette problématique est complexe, et sa prise en charge dépasse largement le cadre de la gynécologie, mais touche à la nutrition-micronutrition, aux charges d’entrainement et à la récupération, à la psychologie, … L’utilisation d’une contraception hormonale peut s’intégrer dans une volonté de régularisation des cycles (outre l’aspect contraceptif), mais ce sujet pourrait faire l’objet d’un autre article complet…

D’autre part, il aussi été noté des troubles de la fécondité (hypofertilité voire infertilité) en lien avec une activité physique très intensive.

Conclusion

FONSECA Barbara : « j’encourage les entraîneurs, directeurs sportifs, assistants, soigneurs etc. d’équipes ou de sélections féminines qui liront cet article à amorcer le sujet auprès de leurs athlètes, et à faire particulièrement preuve de bienveillance avec les plus jeunes. Si le sujet vous semble tabou, il l’est d’autant plus à 14-15 ans quand il vous concerne directement »


CORDON RAGOT Audrey : « Dans le meilleur des mondes, les nouveaux entraîneurs et éducateurs seraient formés à toutes ces problématiques et pourraient aborder facilement le sujet. Comme ça n’est pas ENCORE le cas il ne faut pas hésiter en tant qu’athlètes à s’entourer de personnes ressources (médecin généraliste, gynécologue…) qui pourront répondre à toutes les questions que vous vous poser.

Ne rien « normaliser », ne plus avoir ses règles ça n’est pas NORMAL ! Il faut consulter et chercher les raisons. Le sport de haut niveau est une expérience extraordinaire mais vous aurez toutes une vie après le vélo et celle-ci ne doit pas être compromise par les choix que vous aurez fait sans connaissances de cause.


Dr MARAFFI Samuel : « En conclusion, je rappelle que la femme sportive doit avoir un suivi gynécologique régulier (frottis, consultation, …). La performance et la récupération varient en fonction du cycle, et l’activité physique en elle-même a une influence majeure sur ce cycle. Il est donc primordial d’adapter l’entrainement (périodisation, planification) en fonction. La sportive répond de manière différente à l’entrainement, et cela concerne aussi son cycle menstruel. Il faut donc garder en tête le principe de personnalisation. La réussite sportive, la bonne santé et l’équilibre de la sportive passe par un travail multidisciplinaire sans omettre de placer au centre la sportive elle-même ! La femme sportive est avant tout une femme.




Bibliographie


1- Bruinvels G, Goldsmith E, Blagrove R, et al Prevalence and frequency of menstrual cycle symptoms are associated with availability to train and compete: a study of 6812 exercising women recruited using the Strava exercise app British Journal of Sports Medicine Published Online First: 16 November 2020. doi: 10.1136/bjsports-2020-102792


2- Rosetta L. Fécondité féminine et activité́ physique intense et répétée. Science et sports 17. 2002; 269–277


3- Rosetta L, Harrison GA, Read G. Ovarian impairements of female recreational distance runners during a season of training. Annals of Human Biology. 2002;25:345 – 57.


4- Tsampoukos A, Peckham EA, James R, Nevill ME. Effect of menstrual cycle phase on sprinting performance. Eur J Appl Physiol. 2010; 109:659–667


5- Jaffré C, Zouhal H, Rannou F. Influence du cycle menstruel ou de la prise d’un contraceptif oral sur la performance lors de l’épreuve de Wingate. Science & Sports 21. .2006;. 20–22.


6. Maître C. Cycles menstruels et performance sportive : la gestion des cycles en compétition. Elsevier Masson SAS. 2015;22(HS2):198-199


7. Maïmoun L, et al. Sport intensif et troubles du cycle chez la jeune femme : retentissement sur la masse osseuse. Gynécologie Obstétrique & Fertilité. 2016.


8. Robin Pottier. Le sport : quand les règles s’en mêlent. Gynécologie et obstétrique. 2018. dumas- 01942216


9. Wikström-Frisén, L. (2016). Training and hormones in physically active women: with and without oral contraceptive use. Doctoral thesis. Umeå University, Faculty of Medicine, Department of community medicine and rehabilitation, Sports medicine.


10. Wikström-Frisén, L., Boraxbekk, C.-J. & Henriksson-Larsen, K. (2017a). Effects on power, strength and lean body mass of menstrual/oral contraceptive cycle based resistance training. Journal of Sports Medicine and Physical Fitness. 57.1-2 : 43-52.


11. Wikström-Frisén, L., Boraxbekk, C.-J. & Henriksson-Larsen, K. (2017b). Increasing training load without risking the female athlete triad: menstrual cycle based periodized training may be an answer? Journal of Sports Medicine and Physical Fitness. 57-11 : 1519-1525.

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