Lecteurs de glycémie : gadget, effet mode ou réelle utilité ?

Les intervenants :

- L’enquêteur : « Braquet Libre » : BL

- L’expert mandaté : Dr MARAFFI Samuel, Médecin du sport, équipe cycliste B&B Hotels p/b KTM

- Les testeurs : Barbara FONSECA, Josselin RIOU et Christophe GOUYON

- L’objet du crime : le lecteur de glycémie instantané

Introduction

Vous les avez surement vu apposés à l’arrière du bras de certains cyclistes professionnels, sur une publicité dans vos réseaux sociaux favoris, voire même dans certains magazines spécialisés. Eux ? Ce sont les fameux lecteurs instantanés de glycémie, qui se présentent sous forme d’un patch blanc. Ils semblent fleurir dans les pelotons, que ce soit chez les amateurs ou chez les pros.

Supersapiens (photos 1 et 2), développé par Abbott - qui commercialise aussi des dispositifs similaires pour les diabétiques (Freestyle Libre) - est un des capteurs les plus connus.



Vous le savez, chez Braquet Libre, on aime aller au fond des choses, et on se pose un tas de questions :

A quoi peuvent-ils bien servir ? Comment fonctionnent-ils ? Sont-ils fiables ? Quel est leur intérêt ? Comment les utiliser ? Chez qui les utiliser ?


Envie d’essayer ? De l’utiliser chez les sportif(-ve)s que vous entrainez ? Alors prenez 5 min de votre temps, un café (sans sucre) et lisez ce qui suit.


La recette ? Prenez notre médecin du sport, médecin de l’équipe professionnelle de cyclisme B&B Hotel p/b ktm, Dr MARAFFI Samuel, ajoutez vos fidèles testeurs (Barbara FONSECA, Josselin RIOU et Christophe GOUYON), faites cuire à feu doux. Consommez chaud : C’est parti !

Glycémie ? C’est quoi ?

BL : Qu’est-ce que la « glycémie » et comment varie-t-elle dans la journée et à l’effort ?


Dr MARAFFI Samuel : « Pour faire simple : la glycémie correspond à la concentration de glucose que vous avez dans le sang. Ce glucose est un sucre simple (monosaccharide) qui provient à la fois de la digestion des sucres de l’alimentation (qui, eux, peuvent être des sucres simples ou complexes : disaccharides, ou polysaccharides), mais également des stocks présents au sein même de l’organisme, sous forme de glycogène dans nos muscles et notre foie. Le foie peut d’ailleurs « créer » lui-même du glucose à partir d’autres composés non glucidiques (pyruvate, lactate, …) : c’est ce que l’on appelle la néoglucogénèse. »


BL : Donc, ce taux de sucre varie en fonction de ce que l’on mange ?


Dr MARAFFI Samuel : « Exactement. Sans rentrer dans des détails complexes de physiologie, à chaque fois que l’on consomme un aliment, les glucides qu’il contient sont digérés par notre écosystème digestif, et le glucose entre ainsi dans notre circulation sanguine. De ce fait, notre glycémie augmente.

Une des notions à aborder à ce stade, et celle de l’index glycémique (IG) (Image1). En effet, chaque aliment n’a pas les mêmes capacités à faire monter la glycémie dans le sang.

Il y a ceux qui la font peu monter, et très lentement : on dira que l’aliment en question possède un index glycémique bas.

A l’inverse, il y a des aliments qui font augmenter rapidement et de manière assez importante la glycémie : on dit alors que ces aliments ont un index glycémique haut.

Il existe donc un continuum d’aliments qui ont un IG bas, modéré, ou haut. »


Image 1 - Index glycémique


BL : « Avec ces notions, on comprend donc que la quantité de glucose dans le sang dépend en grande partie de notre alimentation. Mais, à quoi va servir ce glucose une fois dans le sang ? »


Dr MARAFFI Samuel : « Ce glucose a de multiples rôles, surtout dans le cadre sportif, nous y reviendrons juste après.

Image 2 - Schéma du métabolisme glucidique suite à la consommation de glucides alimentaire. Source : blog santé sport et nutrition Dès lors que la glycémie augmente, certaines cellules spécialisées du pancréas vont sécréter une hormone appelée « insuline », dont le rôle est de faire « rentrer » le glucose dans les cellules pour assurer ses multiples fonctions ou être stocké, via la fixation à ses récepteurs cellulaires (Image 2).



Image 2 - Schéma du métabolisme glucidique suite à la consommation de glucides alimentaire. Source : blog santé sport et nutrition



- Au passage, les troubles de la régulation de la glycémie peuvent induire une pathologie bien connue : le diabète. Nous n’entrerons pas dans ce sujet, certes très intéressant, mais qui complexifierait notre article -


Le glucose a pour principal rôle de fournir de l’énergie, par le biais de multiples réactions dans nos cellules, qui vont transformer le glucose en une petite molécule énergétique : l’ATP (Adénosine Triphosphate). C’est en fait l’hydrolyse de l’ATP qui produit de l’énergie.

En fonction de l’intensité de l’effort et des besoins, ces réactions peuvent avoir lieu avec ou sans oxygène. (D’où les termes connus de glycolyse anaérobie et aérobie).


De manière associée, l’énergie peut aussi être produite par d’autres voies métaboliques en fonction de l’intensité et de la durée de l’effort (hydrolyse des stocks d’ATP existant, Créatine-Phosphate, Lipides par la betaoxydation des acides gras, …).

Ces différentes voies métaboliques ne fonctionnent pas l’une ou l’autre, mais quantitativement toutes en même temps, à des proportions différentes selon l’effort. Par exemple, plus l’effort est long, plus la part des lipides dans la production énergétique sera importante.


Cette énergie est utilisée par de nombreuses cellules : l’appareil locomoteur pour produire un mouvement, mais aussi par les neurones, les globules rouges, les cellules du foie, des reins, de l’appareil cardiovasculaire et respiratoire… »


BL : « Donc, si on fait simple, le glucose, c’est notre énergie ? »


Dr MARAFFI Samuel : « De manière très schématique, oui. Mais, au-delà de leur rôle énergétique, les glucides ont des rôles dits « fonctionnels » : rôle immunitaire, hormonal, sur la perméabilité intestinale, épigénétique, … »


BL : « Et pendant l’effort, comment varie cette glycémie ? »


Dr MARAFFI Samuel : « Pendant l’effort, le glucose est utilisé pour fournir de l’énergie via la glycolyse aérobie ou anaérobie, et les différentes formes de stockages de glucose sont réquisitionnées pour libérer ce dernier. Ces formes de stockages sont le glycogène (dans les muscles et le foie), et les triglycérides (tissu graisseux). Donc même à une intensité faible, lors de l’effort, la glycémie augmente.


Très schématiquement, en dessous de 90min (chiffre variable en fonction de l’intensité de l’effort), les stocks de glycogène ne sont pas épuisés. Le corps utilisera donc cette réserve musculaire pour produire du glucose et par conséquent de l’énergie. Au-delà, le stock diminue, et encore plus s’il n’y a aucun apport glucidique. De nombreuses études ont ainsi démontré que l’apport glucidique pendant l’effort permettait de retarder cet épuisement des réserves et d’augmenter la glycémie.


Ce qu’il faut noter, c’est que la physiologie de la digestion est différente pendant l’effort : la vidange gastrique est très importante, et peut parfois être perturbée quand la quantité d’apport alimentaire ou hydrique est trop importante. La paroi des intestins devient aussi plus « poreuse » (phénomène d’hyperperméabilité intestinale). Toutes ces modifications induisent que l’absorption d’un aliment sucré à l’effort n’aura pas les mêmes conséquences que ce même aliment pris en dehors de l’effort. »

Le lecteur de glycémie : en pratique ça marche comment ?

BL : « Donc les lecteurs de glycémie permettent de mesurer ce taux de glucose de manière instantanée ?


Dr MARAFFI Samuel : « Rapidement, oui. Les systèmes existants sont nombreux et ne sont pas récents ! Les lecteurs capillaires intermittents et les lecteurs continus sont utilisés depuis de nombreuses années voire décennies chez les diabétiques. Leur arrivée sur le devant de la scène du milieu sportif remonte déjà à plusieurs années, mais leur promotion s’est clairement accélérée récemment avec leur médiatisation dans le milieu sportif. »


BL : « Ça se présente comment ? »


Dr MARAFFI Samuel : « Généralement sous forme d’un patch cutané, avec une aiguille très petite sous cutanée (Photo 3). Le patch est à installer avec un applicateur en plastique. Souvent, ça fait peur, il y a de l’appréhension, alors que c’est très simple, et que l’on peut l’installer seul. Ca tient relativement bien, il résiste à l’eau et à la sueur. La durée d’utilisation d’un patch est de 15 jours.

Pour les puristes : On parle de « lecteur de glycémie », mais c’est un abus de langage ! La glycémie, par définition se mesure dans le sang… or le lecteur, via son capteur mesure plutôt la concentration de glucose dans les tissus interstitiels. Néanmoins, on sait qu’elle est proche de celle du sang, donc on peut faire l’extrapolation (Image 3).»



BL : « Et on le connecte à notre téléphone ? »


Dr MARAFFI Samuel : « Exactement, c’est ce qui fait la pertinence des systèmes actuels : tout le monde ou presque possède un smartphone. Avec l’application, un compte, et la technologie Bluetooth, vous pouvez scanner les données directement depuis le patch, et lire en quasi instantané ces dernières sous forme de graphique sur votre téléphone. (Photo 5)


La première problématique est d’avoir un smartphone compatible. La seconde, une fois les données récupérées, est de savoir les interpréter !! »


Quels sont les intérêts des lecteurs de glycémie chez le sportif ?

BL : « Question sûrement redondante : Toi qui es médecin d’une équipe professionnelle cycliste : utilisez-vous régulièrement ces dispositifs ?


Dr MARAFFI Samuel : « Régulièrement, je vais dire non, mais plutôt par période. En fait on l’utilise avec le staff performance pour mieux comprendre et individualiser notre gestion des apports glucidiques au quotidien, avant une compétition, pendant l’effort et en récupération. Il faut avoir plusieurs semaines d’utilisations, le tester dans ces différentes conditions, avec une variation des apports pour pouvoir dégager des profils individuels. »

BL : « Donc c’est très intéressant théoriquement ? »


Dr MARAFFI Samuel : « En effet, la théorie précédemment détaillée reste de la théorie. Le corps humain est une machinerie complexe, et l’écosystème digestif aussi. La physiologie, le métabolisme glucidique, et son homéostasie sont complexes et varient entre un sportif intensif de haut niveau, un amateur, et un sédentaire. Parfois, la même théorie ne donnera pas les mêmes résultats chez deux personnes différentes. On est en plein dans le concept d’individualisation, et ces lecteurs de glycémie permettent justement de mieux comprendre ce qu’il se passe chez chacun. »

BL : « Dans quelle situation de terrain cet outil peut-il être intéressant ? »


Dr MARAFFI Samuel : « Peu importe le niveau sportif, je dirais qu’on a deux intérêts : la gestion de l’apport glucidique et le métabolisme glucidique pendant l’effort et en dehors de l’effort, au quotidien.

1- En dehors de l’effort, au quotidien : on peut observer l’impact de l’alimentation sur la glycémie. Et quand l’on sait qu’un des facteurs de difficulté de gestion pondérale, de surpoids, de risque cardiovasculaire est la trop grande variation glycémique quotidienne, on comprend alors l’utilité de l’outil. Parfois, les athlètes pensent manger correctement alors qu’on observe trop de hausses rapides de glycémie, au petit déjeuner, ou avec les « petits plaisirs » entre les repas. De plus, cela permet de comprendre quel aliment précisément va faire augmenter trop rapidement notre glycémie, et lequel n’aura pas cet impact.

Encore plus illustratif, le cas de la chrononutrition : un aliment avec un IG haut pris entre les repas, seul, aura un impact fort sur la glycémie (pic), alors que le même aliment, consommé pendant un repas complet aura moins d’impact. Idem pour le même aliment pris le matin, le midi, en récupération, ou encore le soir : il peut avoir un impact complètement différent sur la glycémie. Concrètement, ça désacralise les aliments : parfois un aliment qu’on pensait interdit peut-être intégré dans un repas, et ça permet aussi de trouver des aliments « plaisirs » à prendre en cas de faim entre les repas, qui n’aura pas ces effets négatifs.



Photo 6 - Graphique : Repas suivi d’une élévation de la glycémie



En fait, toutes ces notions sont déjà connues, et on essaie de faire comprendre à l’athlète ces dernières depuis longtemps. Cet outil a un côté pédagogique : il leur montre que ce qu’on leur dit a réellement un impact sur leur corps. Ça peut créer un déclic chez la personne, qui se rend compte, réalise par elle-même. »

BL : « Et pendant l’effort ? »


Dr MARAFFI Samuel : « L’athlète réalise que sa glycémie monte, et souvent s’en effraie… Mais c’est tout à fait normal, nous avons décrit ça précédemment. En revanche, l’intérêt est d’étudier l’impact des différents apports glucidiques sur la glycémie pendant l’effort : gels, barres, boisson, autres aliments. En fonction de notre durée d’effort, de l’intensité, on peut créer une véritable stratégie personnalisée, avec pour conclusion de renseigner l’athlète sur que boire et que manger, à quel moment, pour éviter les variations de glycémies et les fringales, et avoir une glycémie optimale pour l’effort souhaité, au moment souhaité. Cela demande des tests, des mesures, une analyse précise des courbes, du recul, et connaitre précisément tout ce qui est consommé pendant l’effort … mais en pratique c’est utile. »



Photo 7 - Graphique : Variations glycémie pendant l’effort


BL : « Finalement, on ne peut que le conseiller ? »


Dr MARAFFI Samuel : « Pas forcément. Je pense qu’il faut intégrer ça dans un schéma global de santé performance. Il y a tellement d’autres points à travailler avant d’étudier la glycémie aussi précisément. Pour moi, j’utilise souvent cette métaphore : disons que cet outil est contenu dans le sommet de la pyramide, tel le toit d’une maison… Pour que cela tienne, il faut des bases solides pour cette pyramide, des fondations solides pour cette maison… La base c’est l’entrainement, l’alimentation au quotidien, la récupération, les facteurs psychologiques, le sommeil etc… et bien souvent les athlètes ont beaucoup de boulot à faire dans ces domaines avant d’envisager ça.

Comme la nutrition : pour être en bonne santé et pouvoir tirer le meilleur de sa performance, c’est au quotidien qu’il faut avoir une bonne hygiène de vie… Il ne viendrait jamais à l’idée d’un sportif de s’entrainer la veille d’une course… et bien, l’alimentation c’est pareil. Donc, l’élément primordial avant d’envisager ce système est d’avoir une alimentation équilibrée, adaptée à ses besoins, et surtout ludique, dans laquelle on trouve son équilibre et ses plaisirs. Et je pense qu’il n’y a pas forcément besoin de ce système pour s’en rendre compte et adopter les bonnes habitudes alimentaires.

De plus, il faut clairement avoir un regard curieux, s’entourer de personnes qui savent analyser ces chiffres et qui connaissent la physiologie nutritionnelle du sportif. Avoir des données pour avoir des données ne sert rien. C’est un peu dans l’air du temps, dans tous les sports : on mesure, on a des outils de plus en plus précis, tous intéressants, mais clairement à remettre dans leur contexte. Trop de data, tue la data !

De plus, si on veut être précis, il faut s’astreindre à noter précisément ce qu’on mange, la quantité, le type et l’IG des glucides pour interpréter les courbes ensuite.

La dernière question à se poser est : quel est l’impact de ce système sur ma vie de sportif ? Je vois tellement de sportif qui ont utilisé ce système pour finalement ne rien changer… Il faut une démarche pro active, constructive, et ne pas avoir peur de sortir de sa zone de confort et de changer son alimentation.

En pratique : Nos testeurs


BL : « Merci Samuel pour cette mise à jour médicale et scientifique. Maintenant place à la pratique avec nos testeurs de Braquet libre ! Qu’en pensent-ils ? On leur pose toutes nos questions !


Système utilisé : Supersapiens


Nos testeurs :



Question 1 : Où as-tu entendu parler de ce système ?


GOUYON Christophe : J’ai aperçu ces dispositifs sur les photos de cyclistes pros, sur de nombreuses publicités, mais aussi chez des amis diabétiques. D’ailleurs chez ces derniers, je me demandais déjà comment cela marchait.


BARBARA Fonseca : Moi, j’en ai principalement entendu parler sur les réseaux sociaux dans le domaine de la science du sport.


RIOU Josselin : J’ai commencé à connaître le système avec un ami, Quentin Valognes, ancien cycliste professionnel de l’équipe Novonordisk. J’en ai également eu l’écho par les différents dossiers de presse de l’industriel que j’ai pu voir passer dans le cadre de mon activité professionnelle.


Question 2 : Quand as-tu essayé ?


GOUYON Christophe : J’ai essayé le dispositif en février 2021, durant 15 jours (durée de vie d’un patch). Pour l’instant je ne l’ai utilisé qu’à titre personnel. J’entraîne de nombreux cyclistes, mais je ne leur ai pas proposé. Je préfère déjà tester par moi-même, appréhender l’outil, savoir comment il fonctionne.


BARBARA Fonseca : En février 2021 aussi. Je l’ai posé le premier jour de mon cycle menstruel pour voir si ça avait une influence. J’ai mis 1 patch pour la durée recommandée, soit 15 jours.


RIOU Josselin : J’ai essayé du 15 au 30 janvier 2021. Ce n’était surement pas le moment opportun vis-à-vis de mon entrainement, à cause du faible volume sur le vélo (météo, restrictions sanitaires, …). Mais j’ai gardé un patch pour un moment ultérieur, quand je roulerai beaucoup plus.


Question 3 : Pourquoi as-tu eu envie d’essayer ?


GOUYON Christophe : J’ai très souvent des « fringales » sur le vélo, même sur des sorties courtes. Je voulais essayer de comprendre, et voir s’il y avait un lien avec ma glycémie ou ses variations pendant l’effort.


BARBARA Fonseca : Pour être testeuse pour Braquet Libre (rires). Spontanément, et sincèrement, je n’avais pas forcément l’envie de tester le produit.


RIOU Josselin : Principalement par curiosité personnelle. J’ai pu voir les coureurs de Jumbo Visma en avoir, et d’autres pros. J’ai eu envie de comprendre comment le système marchait, et de l’essayer sur moi. Je ne cache pas que cet outil a aussi attisé ma curiosité journalistique (rires).


Question 4 : Quelles furent tes premières impressions ?


GOUYON Christophe : Tout d’abord, j’ai trouvé que le packaging était beau, et bien présenté. Le mode d’emploi est simple et clair. Ma première peur était de ne pas réussir à me mettre le patch seul. La seconde était celle de l’éventuelle douleur, car le patch contient une petite aiguille sous cutanée. Néanmoins, j’ai réussi à me le poser avec l’applicateur, et sincèrement, je n’ai rien senti !

La connexion avec mon smartphone fut très simple et rapide, et je n’ai jamais eu de soucis de synchronisation. Il faut juste installer une application et créer un compte.


BARBARA Fonseca : Au début je me suis dit « mais c’est énorme ce système ! ». Quand j’ai vu la taille de l’applicateur en plastique, j’ai eu peur de la taille de l’aiguille. Mais au final c’est simple, la notice est très claire et compréhensible, et c’est facile à poser sans aucun ressenti de douleur. Par contre, mon smartphone n’était pas compatible ! J’ai dû en utiliser un autre, uniquement pour contrôler ma glycémie.


RIOU Josselin : Le système est très intuitif : aucune difficulté pour comprendre. Après, c’est ma copine qui m’a posé le patch, j’avais peur de ne pas le mettre au bon endroit. Après coup, je me dis que c’est largement faisable seul. J’appréhendais plus la gêne au quotidien que la douleur. Mais au final : ni l’une, ni l’autre. La connexion avec mon téléphone fut simple, pratique. Ca fait quand même futuriste : mesurer ses données directement comme ça avec son téléphone (rires) !


Question 5 : Les données : comment les as-tu interprétées ?


GOUYON Christophe : Le système de graphique avec la courbe représentant ma glycémie en continu est très clair, donc c’est compréhensible et intuitif. On voit quand ça monte et quand ça descend. J’ai gardé les « seuils » de références de l’industriel. J’ai pu ajouter mes repas et mes activités. On peut remonter dans le temps, tel un historique, et comparer jour après jour, repas après repas, et sortie après sortie nos variations.

Je ne suis pas un spécialiste, mais j’ai été surpris de voir que ma glycémie montait haut pendant l’effort, même sans ne rien manger. J’ai aussi remarqué qu’elle baissait plus ou moins vite en fonction de ce que je mangeais pendant l’effort.


BARBARA Fonseca : Franchement, ce n’est pas facile quand on n’a pas les connaissances nécessaires ! J’étais très souvent au-dessus du seuil défini automatiquement… dès que je m’active un peu, je bouge, même sans rien manger… et encore plus à l’effort. Du coup ne connaissant pas mes propres « valeurs seuils », je me suis plutôt concentrée sur les variations que sur les chiffres bruts.


RIOU Josselin : Bon, j’ai la chance d’avoir mon père qui est médecin du sport à la retraite. Donc je lui ai demandé son avis. Après sur les données brutes, les chiffres, je n’en ai pas trop tenu compte. J’étais même un peu perdu. J’analysais plutôt les variations, les « pics », les « creux », … La courbe permet une bonne indication sur cette évolution. Curieusement, je n’avais pas de « grandes variations », que ce soit à l’effort, ou en dehors. Jamais de pics, ni d’hypoglycémies.


Question 6 : Concrètement, quel impact ce système a-t ’il eu chez toi en terme d’alimentation pendant l’effort ?


GOUYON Christophe : Je n'avais pas conscience de l’élévation de la glycémie, même pour un effort court sans apport alimentaire. J’ai compris qu’il n’était pas si simple de maintenir une glycémie stable pendant l’effort. Pour ce qui est de mon propre cas, j’ai compris, suite à des baisses de glycémie régulières, que je devais manger plus sur mon vélo. Mettre plus souvent la main à la poche me permettait de constater que ma glycémie était plus stable (moins de pic, et moins de baisses rapides).


BARBARA Fonseca : Ma glycémie monte haut à chaque effort, même peu intensif. Je ne descends jamais en dessous des valeurs seuil. J’ai pu m’apercevoir que si je mange quelque chose de sucré (comme un gel), ma glycémie varie rapidement à la hausse. Après me concernant, j’avais une glycémie relativement « linéaire » pendant l’effort. Au final, ça ne m’a pas fait changer mes habitudes alimentaires sur le vélo.


RIOU Josselin : En pratique, cet outil m’a permis de valider ma stratégie nutritionnelle pendant l’effort, mais aussi mes sensations. Un élément intéressant était d’observer l’impact du timing de mon dernier repas avant l’effort. Et mes habitudes étaient plutôt bonnes. Donc au final, ça m’a conforté dans ce que je faisais et savais. Néanmoins, si j’avais fait un entrainement plus intensif, structuré en vue d’objectifs, ça m’aurait peut-être fait changer des choses.


Question 7 : Et en dehors de l’effort ? Au quotidien ?


GOUYON Christophe : J’ai fait des tests (rires) ! Pendant quelques jours, j’ai volontairement manger n’importe quoi ! Que ce soit dans l’excès ou dans la privation. Pour voir l’impact concret sur ma courbe de glycémie… et ce fut le cas ! Puis j’ai repris mes habitudes alimentaires habituelles. Au final, je considérais déjà mon alimentation quotidienne comme correcte, et je l’ai constaté sur mes courbes qui ne présentaient jamais de variations catastrophiques. Je n’ai donc rien changé. Ce système m’a simplement illustré et mis en graphique ce que je savais déjà sur les bonnes et mauvaises habitudes alimentaires.


BARBARA Fonseca : J’ai mes habitudes alimentaires, plutôt correctes. Donc d’avoir eu ce dispositif ne m’a pas fait changer grandement mon alimentation.


RIOU Josselin : Non, cet outil n’a pas changé grand-chose à mon alimentation au quotidien. Ça m’a permis d’observer, mais j’ai gardé mes habitudes.


Question 8 : Utiliseras-tu de nouveau ce matériel ?


GOUYON Christophe : Concrètement non. Je parle à titre personnel. Sauf si un jour j'ai un problème médical, ou si je décide de modifier mes habitudes alimentaires, alors je pourrais éventuellement recourir à nouveau à ce système.


BARBARA Fonseca : Non merci (rires). Ce n’est pas désagréable, mais pour ma part, je n’en vois pas l’utilité.


RIOU Josselin : Oui, à des périodes plus propices de mon entrainement. Je l’utiliserai à nouveau quand je roulerai beaucoup plus, et que j’aurais déjà quelques semaines d’entrainement, pour avoir un aperçu plus précis de ma glycémie à l’effort sur mon organisme en situation d’entraînement « actif ». Il faudra juste que je trouve ce bon moment, entre ma vie perso et professionnelle (rires).


Question 9 : A qui conseillerais-tu ce système ? et quand ?


GOUYON Christophe : Je pense que tout le monde peut y trouver une utilité. Mais avec pour principale prérogative d’être curieux, de s’intéresser à son alimentation, et aux variations de glycémie. Si c’est mettre un patch pour mettre un patch, ça ne sert à rien. Un peu comme les capteurs de puissance : ce n’est pas parce qu’on investit dedans qu’on a un entrainement plus performant, encore faut-il savoir lire et interpréter les données. Chez un sportif qui le désire, je pense que la période de début de saison (pour faire des tests, évaluer et corriger les déséquilibres alimentaires), puis la période d'affutage avant les grands objectifs peuvent être des moments clés pour se connaitre et affiner ses apports.


BARBARA Fonseca : A quelqu’un qui est encadré ! Par un entraineur, un médecin, un nutritionniste-diététicien qui connait l’outil et maitrise la nutrition du sportif. Cela nécessite clairement un accompagnement pour la compréhension des données et surtout leur intérêt. Il faut aussi que l’athlète s’y intéresse, et ça peut l’aider à prendre conscience de l’impact de l’alimentation ou encore être un outil pédagogique… Je pense à ces nombreux sportifs qui ne mangent pas forcément de manière équilibrée sans être en surpoids…


RIOU Josselin : 2 cas de figure : Soit à des élites, des pros. C’est du gain marginal, mais à ce niveau, ça peut faire la différence. Soit à des cyclistes amateurs, ou loisir, pour celui ou celle qui sera vraiment intéressé(e), qui veut connaitre son corps et ses réactions. Ma mère m’a même dit « Tiens mais ça pourrait être intéressant au quotidien ton truc là ! » (rires).


Question 10 : En conclusion ?


GOUYON Christophe : Je pense que c’est un bon outil pédagogique, qui illustre l’importance de l’alimentation pendant et en dehors de l’effort. Ça met des chiffres et des données sur ce que l’on sait (ou qu’on nous a déjà dit) depuis longtemps. Mais il faut absolument être intéressé, avoir envie d’apprendre, de comprendre, et savoir lire les données avec son contexte.


BARBARA Fonseca : Au risque d’être un peu « sèche », mais si c’est pour faire comme 95% des cyclistes, à savoir « acheter parce que j’ai vu les pros le faire », cela ne sert à rien. Clairement, à choisir, j’investirai plutôt mon argent pour avoir un suivi de qualité par un nutritionniste-diététicien.


RIOU Josselin : D’abord je dirais que les gens associent souvent ça à la maladie et au diabète, donc avec un avis initial plutôt négatif, alors que non. Même mes amis, quand ils m’ont vu avec le patch m’ont demandé si j’étais diabétique (rires).

Je conçois que le prix soit un frein, donc pour qu’il soit utile, il faut un suivi avec des connaissances (soit soi-même, ou avec une tierce personne). Si on l’utilise tout seul dans son coin, pour avoir des données, ça ne sert à rien, ça rajoute une « data » en plus… tout comme les capteurs de puissance.


Les notes


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