RACE ACROSS FRANCE 2021 - MA COURSE par Josselin RIOU



Vendredi 23 juillet, il est 20h55 et il ne reste plus que 30 secondes avant mon départ. Je suis sur la rampe de lancement, prêt à partir pour une traversée de la France en solitaire et sans assistance. 2500 kilomètres à vélo de Mandelieu-la-Napoule au Touquet. Je ne sais pas dans quoi je m’embarque. J’ai l’impression de m’élancer pour un chrono de cinq ou dix kilomètres comme quand j’étais plus jeune et que je courais en FFC. Mais là, tout est différent. À travers ces quelques lignes, je vais vous partager ma «préparation», mon approche de l’épreuve puis les longues heures passées seul sur ma bicyclette. Ceci n’est pas un résumé. C’est une tranche de vie, un compte-rendu, un partage d’expérience.

Ma Race Across France démarre en décembre 2020, au moment où je m’inscris. Je viens de fêter mon 24e anniversaire et j’ai pris la décision de m’engager sur le 2500 kilomètres, solo, sans assistance. J’ai suivi la course au cours de l’été 2020, à la sortie du confinement.

Pour ma première expérience en Ultra-Distance, j’aurais pu faire un autre choix. Une distance plus courte, en équipe ou avec assistance. C’est une question qui revient souvent. Une question que j’ai pu me poser aussi pendant ma course. Je n’ai pas vraiment de réponse. Je pense que dans mon esprit, la véritable traversée de la France s’effectuait sur 2500 kilomètres et que l’aventure n’en serait que plus belle en étant seul, avec mes sacoches accrochées à la selle ou au cadre. Mais à ce moment-là, je n’ai rien d’autre en tête. Pas de dépassement de soi, de volonté de repousser mes limites. Non, juste faire un truc énorme et kiffer.


Puis le temps passe. Je vais une première fois à Nantes à vélo en m’arrêtant un peu avant la barre des 400 kilomètres. C’est pas gagné cette histoire. Des jours, des mois, le Jour-J se rapproche. J’essaye de préparer au mieux la logistique autour de l’épreuve. C’est déjà très prenant mentalement. Et puis j’écoute le podcast Ultra Talk d’Arnaud Manzanini, l’organisateur de la Race Across France. Dans cet épisode, il invite Eric Leblacher, ancien coureur cycliste professionnel et finisher de la RAF 2020. Son témoignage est passionnant. Sur l’épreuve mais aussi sur sa vision du cyclisme, de la vie, son rapport à la famille. Je me retrouve totalement dans ces mots, ces 90 minutes qui me paraissent une fraction de seconde.

J’en retiens une chose principale : donner du sens à ce que l’on fait. Je décide alors de changer mon état d’esprit vis-à-vis de cette RAF.

Je la disputerai au profit d’une association et pas n’importe laquelle : SOS Préma. Cette association aide les parents d’enfants prématurés sur le plan matériel en équipant les hôpitaux mais aussi sur le plan moral, en proposant un suivi, de l’aide, de l’écoute. Étant papa d’une grande prématurée, Agathe, née à Port-Royal (Paris) à 29 SA, tout cela me paraissait tomber sous le sens.



Le Jour-J approche. Mon vélo est prêt, bichonné par Vincent. Je pars avec mon Shimano DI2, et le chargeur pour ne pas tomber en rade, en 52-36 x 11-32. Pas évident de trouver le bon compromis entre les montées difficiles, avec le poids des sacoches. On va pas trop se poser de questions, je pédalerai. Je profite de quelques jours libres entre le Giro et le Tour de France pour descendre à Nantes : 400 kilomètres en moins de 13 heures avec une arrivée à 3h30 du matin.


Puis trois jours au-dessus de Bourg Saint Maurice avec la reconnaissance du Cormet de Roselend, des Saisies et de la descente de l’Iseran.

Un rapide séjour qui me permet d’avoir en tête les montées et les descentes dans cet enchainement crucial qu’il faudra affronter durant la RAF. Point négatif, grosse douleur au genou droit en pédalant. À ne plus pouvoir marcher. Inquiétant. Je décide de ne plus réellement m’entrainer jusqu’au départ. Pour calmer la douleur mais surtout car j’ai une grosse charge de travail en tant que journaliste sur le Tour de France. L’emploi du temps est serré jusqu’au dimanche 18, cinq jours avant la course.


Dernière nuit avant de prendre le train. Moment idéal pour tout préparer. Il faut penser à ce que l’on va prendre sur soi au départ et ce que l’on prévoit pour les deux bases de vie. Casse-tête. Premier objectif rempli : tout emmener. Deuxième objectif validé : arriver à l’heure au train et retrouver mon grand frère qui m’accompagnera au départ. Sur place, j’ai loué un petit appartement qui nous permettra de manger à notre convenance, d’être au calme et de faire notre vie avant de m’élancer. Deux sorties de vélo pour tourner les jambes, voir où se trouve le départ, repérer les quinze premiers kilomètres de l’épreuve. L’occasion de me rendre compte qu’il n’y a que six kilomètres de plat avant d’arriver dans les premières pentes menant à Grasse. Ça va être sympa. La pression monte, vous êtes nombreux à me soutenir et ça fait plaisir.

Vendredi matin, je récupère mon dossard sur la ligne de départ. On y va à vélo entre frères. J’oublie les sacs de délestage pour les bases de vie. Ça commence bien. Demi-tour et ça repart. La RAF, c’est une pression mentale permanente et ce même avant le départ.

Derrière moi dans la file, Eric Leblacher. J’avais déjà échangé avec lui par message, c’est l’occasion de se voir en vrai et de discuter.

J’ai le dossard USS133. C’est ce numéro qu’il faudra suivre sur le site de la course pour voir mon avancée. Allez, de longues heures à attendre. Heureusement, il y la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques pour faire passer le temps. Il est 20 heures lorsque je me présente dans l’aire de départ pour encourager les premiers partants. Très rapidement, Stéphane Lombard s’élance. Deuxième du BikingMan Corsica, nous le connaissons bien car il courait en FFC avec nous en Pays de la Loire. C’est marrant de se retrouver ici sur une compétition qui n’a rien à voir avec nos pratiques habituelles.

J’appelle une dernière fois Anne-Charlotte, ma copine, puis mon père. Les quelques minutes me séparant du départ me paraissent des heures. C’est long de ne rien faire. Je m’assois sur un banc aux côtés d’autres participants. On discute, on partage nos braquets, nos parcours sportifs pour en arriver là. Ça détend, ça occupe. Puis on demande USS133 au départ. On me dépose la balise GPS dans la sacoche. Chaque concurrent s’élance toutes les 90 secondes. Sauf que devant moi, il n’y a personne. Je vais donc partir trois minutes après le coureur précédent.

Les mots de mon papa résonnent dans ma tête au moment de monter sur la rampe de lancement : «Ne pars pas trop vite. Tranquille.»

Eh bien, à la surprise générale : je suis parti vite. J’ai repris huit coureurs en sortant de Grasse, au bout de vingt kilomètres. La nuit tombe très vite. Je suis seul sur mon vélo et je me pose des questions. Que vais-je faire dans cette galère ?

Les jambes tournent très bien. Il y a pas mal de coureurs sur la route que je peux apercevoir devant ou derrière grâce à leurs lumières. C’est rassurant et agréable comme sensation.

La route s’élève, la température diminue. Les premières descentes sont fraiches et il n’est pas facile de trouver le compromis vestimentaire.

Pas évident non plus de s’alimenter. J’ai décidé de partir avec uniquement des barres énergétiques, des pastilles à mettre dans les bidons, des gels et des shots de caféine. Rien d'habituel. Une terrible erreur.

Malgré les arrêts boulangeries - restaurants que je souhaite faire, il aurait fallu prendre dans mes poches des petites choses faciles à manger et agréables.

L’inexpérience me joue un premier tour. Je roule bien, à la faveur d’un petit village je vois une fontaine et hésite à m’arrêter. J’ai en tête de m’arrêter dès que possible pour ne jamais être à court d’eau.

Derrière moi, trois ou quatre coureurs en font de même. Certains sont encore tout en court malgré l’heure matinale, me disent vouloir rouler un maximum sans s’arrêter. Pour ma part, je commence déjà à fatiguer. Ça m’inquiète. Je vais m’arrêter quinze minutes sur le bord de la route, sans rien faire. En voyant un coureur arriver au loin, je repars.

Je vais m’arrêter une deuxième fois mettre mes jambières, dans la cour d’une maison. Une fois habillé, je m’allonge sur le bitume, dix minutes. Jusqu’à ce que la propriétaire sorte de chez elle pour dire à ses chiens d’arrêter d’aboyer. «Mais qu’est-ce que vous faites-là vous ?» Oups, grillé. «Je me suis arrêté me couvrir, ne vous inquiétez pas je pars. Bonne nuit.» J’en ris encore.


L’heure tourne, je sens que le ciel s’éclaircit petit à petit. Je dois être au milieu de champs de lavande car ça sent bon mais je ne vois rien. Pour le plaisir des yeux, on repassera.

Je suis très concentré sur mon pédalage, sur la route, sur la course.

Alors qu’il reste énormément de chemin mais mon âme de compétiteur est bien là. Dans une descente un poil technique je me fais une grosse frayeur, voyant le parapet de très près. Je pense à Alexandre Pasteur qui crie sur Philippe Gilbert. Je ris mais j’en menais pas large.

Je suis dans les Gorges du Verdon. C’est beau mais il fait toujours nuit. Je retrouve deux compères, on discute, on se prévient des dangers de la route et du chemin à prendre.

Quand tu roules de nuit depuis plusieurs heures, c’est agréable. Je les distance dans une montée, me sentant vraiment bien. Il est quasiment cinq heures du matin, je commence à avoir faim.

J’essaye de suivre l’épreuve olympique de cyclisme sur route mais ça ne marche pas. Je suis déçu, ça m’aurait accompagné et puis ma passion journalistique reprend le dessus. Mon frère me tiendra au courant par message.

Je m’arrête sur un banc au centre d’un village pour souffler deux minutes. Je regarde le classement et vois Omar di Felice, deuxième en 2020 et coureur italien professionnel en Ultra-Distance à quelques kilomètres derrière moi. Il va très bientôt me reprendre. Je m’y prépare psychologiquement. Si bien qu’en le voyant me rattraper, il n’a pas réussi à me lâcher.

Sur la RAF, il n’est pas autorisé de rester dans la roue d’un autre concurrent, de se passer des relais. Vous pouvez rester côte-à-côte de manière raisonnable mais pas plus. Dans le sillage d’Omar, deux coureurs sont à 50 ou 100 mètres.

Comme moi, ils ont été rattrapés mais l’Italien n’arrive pas à les lâcher. Soit, allons-y, je ne vais pas freiner ou me ralentir pour lui. Il roule tranquille dans les bosses et met la poignée dans l’angle dès que c’est plat ou que ça descend. Tout ce que j’aime. À ce petit jeu, nous irons ensemble comme ça jusqu’au Bed and Bike de Venasque, au pied du Ventoux. C’est motivant de voir un tel champion rouler à la même allure, de ne pas être dans le dur. Dans la nuit, je me suis arrêté à une fontaine, suivi de près par Omar. Il est arrivé 15 secondes après moi, il est allé tellement vite qu’il avait rempli ses bidons 30 secondes avant moi. Je me serais cru aux stands en F1. Quelques instants plus tard, j’enlève mes jambières en roulant pour ne pas perdre son sillage. J’ai l’impression de faire une course en 1ère catégorie sauf qu'il reste 2200 kilomètres.

Je veux m’arrêter prendre le petit déjeuner à Gordes. Je ne trouve rien sur ma route, alors je poursuis. Viens le Col de Murs, dernière difficulté avant de pouvoir me ravitailler au Bed and Bike. Allez, je décide même de flinguer di Felice au sommet pour faire la descente. Je crois vraiment que je n’ai pas compris le principe de la course.

Dans ce dernier col, Geoffrey et son beau-père sont venus m’encourager. Ah le plaisir de voir quelqu’un que l’on connait ! Geoffrey est photographe donc attention les belles photos que je vais avoir.


Au pied de la descente, je m’arrête au Bed and Bike. D’autres coureurs sont déjà là, prennent leur douche, mangent, se reposent. Moi, j’arrive heureux comme un gosse. J’ai 296 kilomètres au compteur, 4200m D+ en 10h44 soit 27.6km/h de moyenne. Quand même. Je range mes affaires, prend le plat de pâtes que me l’on propose, discute avec Geoffrey. Omar arrive 1 minute après moi. Change de maillot, bois un Coca et repart. Ah d’accord bah salut Omar, c’était un plaisir. Si Omar ne m’a pas «tuer», Omar a fini par me lâcher.


Après une quarantaine de minutes de pause, je repars. Devant moi, le Mont Ventoux.

C’est la principale difficulté du début de course. Je l’ai déjà monté lors de mes trois années à Montpellier, en école de journalisme. Il y avait fait un brouillard écrasant à partir du Chalet Reynard. Je n’avais donc rien vu et ne me souvenais pas de grand chose. Il fait beau, pas trop chaud, nous sommes en milieu de matinée et il y a déjà pas mal de cyclistes sur la route.

C’est motivant d’en doubler certains alors que j’ai les sacoches comme handicap. Dans ma tête, j’ai le chrono de mes copains Rémi et Nico à battre. Si je le fais avec 300 bornes dans les jambes et l’excédent de bagages, j’aurai leur respect éternel. Jusqu’à Saint-Estève, tout va bien. Et puis la pente se brusque.

Je sais pour avoir regardé d’un oeil très attentif le dernier Tour de France et la démonstration de Wout van Aert, que cette partie dans la forêt est très difficile. Je pense au petit Kenny Elissonde qui avait attaqué. Ça occupe mes pensées car le compteur oscille entre 8 et 10 km/h et ça m’inquiète un peu.

Je mange assez peu durant la montée, concentré sur mon pédalage et sur cette paire de jambes qui ne tourne pas assez vite. Geoffrey et son beau-père m’encouragent régulièrement et je contracte fort les muscles pour paraitre bien sur les photos à défaut d’aller vite.

Ça me fait rire de savoir que je vais avoir de beaux souvenirs. Je regarde beaucoup mon compteur.

Je vais d’ailleurs faire ça dans chaque col. J’intellectualise beaucoup mes montées et ma pratique du vélo en général. Si je monte à telle vitesse, il me faudra tant de temps pour aller jusqu’au prochain virage. Ça occupe mon esprit qui n’aime pas l’ennui et ça me fait oublier que je vais lentement.

Au Chalet Reynard, je sais qu’un gros morceau est passé mais le vent se lève. Heureusement, les coureurs à grimper le Ventoux sont de plus en plus nombreux. J’essaye de suivre un mec en pédales plates avec un maillot jaune LCL sur le dos. J’y arrive à peine. C’est pas possible, je suis mauvais. J’approche de la stèle de Tom Simpson.


Je me remémore l’intervention de Bradley Wiggins sur la moto Eurosport lors du dernier Tour de France. Elle avait mis des frissons à tout le monde. Il rendait hommage à l’ancien champion britannique en expliquant comment Simpson l’avait inspiré lui mais aussi Thomas, Tao, Yates et tous les champions d’aujourd’hui. Je pense aussi à Cavendish enlevant son casque en passant devant. Le cyclisme fait partie de ma vie, c’est ma passion, le sport que je pratique mais aussi mon travail au (presque) quotidien. Je regarde cette stèle que je n’avais pas pu voir lors de ma première montée du Ventoux. Il ne reste plus que quelques mètres, j’aperçois les panneaux de la RAF et trois bénévoles. Je m’arrête et m’assois comme si c’était la fin. Ah bah non, il reste 2200 kilomètres copain.



Je m’habille car le vent est très fort. Je remplis les bidons et je plonge dans la descente. Je pensais que le vent serait plus faible de l’autre côté : raté. Je sais que cette descente est rapide. Les coureurs du Tour, sur route fermée, dépassent les 100 km/h. Je vois 80 ou 85 s’afficher et j’ai déjà du mal à tenir sur mon vélo.

J’adore descendre en règle générale mais là, le vent me fait un peu peur. Les rafales sont imprévisibles. Un coureur tente de me doubler mais il est ramené à la raison par une bourrasque qui manque de le projeter au sol.

La descente est presque finie et je vois quelqu’un sur le bord de la route filmer en m’encourageant. Je ne reconnais pas cet individu de type caucasien. Je descends encore vite et passe devant Aurélien.

Une question me vient alors : mais qu’est-ce que tu fais là mec ?


Arrivé à Malaucène, je me pose à une boulangerie pour me ravitailler et me changer car le changement de température est brutal. Aurélien me rejoint. C’est un bon copain, il est adepte du bike packing et m’a aidé sur ma préparation logistique.

Je ne m’attendais pas du tout à le voir, ça me fait plaisir de pouvoir discuter. Il me confie avoir dévié de sa route initiale qui le menait en vacances dans le sud pour me voir.

C’est dingue. Ça me touche et ce sont des petites choses qui te motivent, qui t’empêchent de baisser les bras. Après deux bonnes petites blagues et une photo où je fais semblant d’être frais, je repars.

Je ne connais absolument pas les prochains kilomètres mais j’ai bien étudié le parcours sur Google Maps. Je sais que certaines difficultés sont cachées, je sais où je peux me ravitailler. Le vent est favorable et la topographie m’avantage. Roulez jeunesse.

- Attention, anecdote - Je passe à Vaison la Romaine. La dernière fois que j’y ai mis les pieds, c’était en 2016 lorsque le Tour de France arrivait au Mont Ventoux mais que le fort vent avait empêché les installations techniques de monter au sommet. La zone technique avait été délocalisée sur le parking du Super U de Vaison la Romaine et l’arrivée des coureurs au Chalet Reynard. Froome avait chuté, couru à pied sans vélo, pris la bicyclette Mavic en pédalant comme un crapaud puis franchi la ligne. Au passage d’un rond-point, le parcours de la RAF nous faisait passer devant ce fameux Super U. Ça m’a rappelé des souvenirs et encore une fois ça m’a bien occupé le cerveau pendant 20 minutes. À me souvenir chaque instant de cette journée de travail.

La route n’apporte pas grand chose de spécial ensuite. Il fait chaud.

Je me suis fixé Valréas comme prochaine aire de repos. C’est d’ailleurs ici que Geoffrey et son beau-père vont me voir pour la dernière fois. Les savoir prêts à m’encourager durant une bonne poignée d’heures m’a fait du bien mais savoir que je vais retomber dans la monotonie de l’épreuve, la solitude, me fout un coup au moral.

La solitude est un vrai challenge sur cette épreuve et je ne m’en rendais pas compte avant le départ. Je me pose au McDo de Valréas mais je n’ai envie de rien. Je repartirai d’ailleurs avec les Potatoes dans la poche. Quelle tristesse mais la chaleur me plombe.

En temps normal, ce n’est pas un temps que j’apprécie vraiment. Je préfère la fraicheur bretonne de mes racines. L’arrêt McDo était, je pense, une erreur. Il y avait à proximité des supermarchés qui m’auraient fait le plus grand bien. Stocker des sodas, des sandwichs ou des petits gâteaux.


Je ne le sais pas encore mais voilà que mon manque d’expérience me joue encore un tour. Je suis aussi là pour apprendre. Je reprends ma marche en avant mais ça devient difficile. Il fait chaud, il y a du monde sur la route et l’équipe de France de volley vient de se prendre 3-0 par les USA en ouverture du tournoi olympique. Bon, ça, encore, je m’en fous un peu. Mais je suis preneur de la joie des autres pour me faire avancer.


Dans un petit village, je vois une supérette. Je m’arrête. Sur les conseils de mon papa, médecin du sport, je prends deux tranches de jambon pour recharger les batteries. Bon, ça ne passe pas vraiment. J’ai pris une grande bouteille d’eau et un jus de fruit. Les bidons sont remplis et frais.

Je laisse passer deux concurrents qui sont côte à côte et que j’avais vu sur le suivi de la course. Je sais très bien qu’Eric Leblacher est à quelques kilomètres. Je me suis laissé le temps de récupérer jusqu’à ce qu’il passe. Le voilà ! Je jette les emballages à la poubelle, ferme les sacoches et saute sur mon vélo pour prendre le sillage d’Eric.

Avoir quelqu’un même à 100 mètres ça motive. Je me mets minable pour revenir. Eric est avec un copain à lui qui est du coin. Zut, je vais devoir rester derrière sans pouvoir discuter avec lui. Tant pis.

Difficile dans les ascensions de se freiner du coup je décide de les laisser à leur rythme et je pars. Me voilà de nouveau seul mais en sachant qu’un duo est devant, pas si loin. Voici Crest puis Dié.

Que la route est nulle, encombrée, longue. Ce n’est pas marrant mais il faut passer par là.

Je roule vraiment bien au point que je rattrape les deux concurrents. Il y a le vainqueur du 1100 de 2020 que je connais de nom ainsi qu’un vététiste. Je me présente, on discute un peu. A trois, on essaye au maximum de respecter le règlement. Parfois à côté pour échanger, souvent à distance respectable.


Puis viennent les derniers cols avant Saint Jean en Royans, la première véritable base de vie. Nous sommes en fin de première journée, bientôt 24 heures sur le vélo. Il faut grimper le Col de Rousset puis le Col de la Chau. Certains diront sans doute que ce n’est pas très dur, que c’est roulant, que